Depuis Aristote – au moins, l’Homme est un animal social, dont les lieux de vie s’organisent invariablement autour de trois critères : une communauté de valeurs, de travail et de vie. La nouvelle mode du coliving ne semble pas échapper à la règle.

 

Il y a deux façons de décrire le coliving : sur le papier (glacé), ils sont des lieux de nouvelle génération où les communautés de jeunes actifs peuvent s’épanouir dans des intérieurs fun avec un moccachino à la main.

 

De façon plus prosaïque, le coliving consiste dans le partage d’habitats afin de réduire la surface moyenne par personne et donc la facture.

 

Dans les deux cas, l’engouement se fait sentir dans les grandes villes occidentales, tantôt pour vivre en groupe, tantôt pour abaisser la pression financière, ou peut-être  simplement pour les deux en même temps ?

 

L’œuf coworking, la poule coliving

 

Finalement, le coliving est un phénomène intimement lié au coworking, et dans ses origines il n’y a en réalité pas de distinction, ni d’approche théorique : il s’agit dans un premier temps d’héberger votre activité de free-lance chez vous. Un grand mot pour décrire l’installation d’un bureau dans votre salon. Et puis au bout de quelques semaines, vous vous dites qu’être toute la journée seul(e), c’est un peu déprimant. Donc vous invitez votre copain Julien, graphiste, à se joindre à vous, ce sera plus sympa. Vous payez le loyer, votre copain le café et la facture d’internet : vous venez de recréer la genèse des centres de coworking indépendants.

 

Bien que plus rare, le chemin est vrai aussi à l’inverse : à l’occasion du lancement de son application, Myriam a besoin rapidement de vos services en référencement web, en même temps que des compétences de 5 autres experts. La rémunération d’urgence est attractive et vous souhaitez relever le défi de ce véritable hackathon de 8 semaines : vous vous rendez au bureau de Myriam avec votre sac de couchage et une brosse à dents, ensemble 24h/24 au même endroit, vous développerez une productivité exceptionnelle.

Ces deux exemples illustrent des situations banales au sein des communautés d’indépendants, où la distinction professionnel / personnel s’estompe, bien loin de la législation du travail en terme de temps ou d’aménagement des espaces de production !

 

Leurs apparitions furent les signes avant-coureurs de tendances liées au partage des ressources et au ralliement de life style communautaire sur lesquelles ont souhaité surfer des initiatives de grande ampleur.

 

Xavier NIEL, Nexity et WeWork

 

Vous avez sûrement déjà une bonne idée du concept de coworking ; celui-ci a attiré l’intérêt de promoteurs, de foncières, et nombreux acteurs en aval de la chaine de valeur. Ils ont compris que les nouvelles générations – et surtout leurs nouvelles façons de travailler – allaient transformer l’immobilier.

 

Et il en va désormais de même pour leur lieu de vie. La tendance du coliving est aujourd’hui semblable à celle du coworking de 2010, mais de grands acteurs immobiliers ont déjà alloué d’importants moyens financiers au coliving : à ce titre nous pouvons penser que son développement sera plus rapide.

 

Parmi les exemples notables, Nexity s’est approprié la tendance de la colocation en rachetant Weroom en 2014. Cette plateforme permet la mise en relation pour la colocation d’une façon plus ludique que ce qui existait auparavant : les appartements et les locataires sont mis en scène, presque à la manière d’un réseau social ; l’User eXperience en ressort particulièrement fluide et agréable.

 

Xavier NIEL s’est lancé lui aussi dans l’aventure ; Avec son projet @Home à Ivry, il prévoit de construire plus de 10 000 m2 de logements en colocation. Dans ces trois tours, des appartements pour six personnes, d’une surface moyenne de 95 m2 et destinés à accueillir les jeunes étudiants ou entrepreneurs – qui rejoindront l’Ecole 42 ou l’incubateur Freyssinet, tous les deux dans les mains du magna des telecom.

Enfin, en 2015, c’est le géant du coworking, WeWork, qui a lancé son projet WeLive, à New York. L’initiative entend réinventer la vie par la communauté, et pourrait s’apparenter à une sorte de Club Med : chacun dispose d’un espace personnel et d’un accès aux biens communs, le tout supervisé par un organisateur en charge des moments de groupe (cours de yoga, cuisine etc.). On peut s’y installer au long terme mais également pour quelques mois, le temps d’une mission professionnelle par exemple. Cette flexibilité rend l’offre encore plus attrayante car elle propose au client d’intégrer rapidement une communauté de semblables, même si son séjour est limité dans le temps.

 

Airbnb promoteur 

 

C’est officiel : la startup géante Airbnb a annoncé qu’elle lançait la construction de son premier bâtiment !

L’histoire commence l’été dernier avec Joe Djebia, l’un des cofondateurs d’Airbnb et porteur du nouveau studio de design de la licorne, nommé Samara. Dans un concept résolument moderne et disruptif, le projet de ce studio est de construire les services de demain autour de l’architecture, du design, du logiciel et des modèles économiques innovants.

 

Au programme : partage et confiance pour inventer l’immobilier de demain. A peine dévoilé, le studio Samara a proposé un nouveau type de bâtiment à l’occasion du House Vision 2016. Délaissées les métropoles et leurs appartements mis en location entre particuliers : le projet s’implantera dans le petit village de Yoshino (8 500 habitants, à deux heures de Kyoto) pour y développer une maison sur le thème du “CO-DIVIDUAL, Split but Connected, Separate but Gathered.” (divisés mais connectés, séparés mais rassemblés).

 

Créer du lien

 

Vous l’aurez compris, le codividual, c’est le mélange de la collaboration et de l’individu. Cela fait d’autant plus de sens dans un pays comme le Japon, où près de 30% de la population vit seule ; ce chiffre ne cesse d’augmenter et la tendance est partagée dans tous les pays développés : en France sur les 40 dernières années, l’occupation moyenne des résidences principales a reculé de 29%, passant de 3,1 à 2,2 personnes. Le besoin d’une maison de demain collaborative qui fait la place à chacun semble donc le sens de l’histoire.

coliving-maison-bois

Le projet présenté est assez humble, il s’agit d’une petite maison en bois au design épuré qui comprend de quoi accueillir jusqu’à six hôtes. Ces derniers partageront les équipements communs (sanitaires, cuisines etc.) entre eux mais également avec la communauté locale, et c’est bien là qu’est l’innovation immobilière et urbaine : un lieu de connexion et de rencontre entre le voyageur de passage et celui qui est nait sur place, i.e. entre le local et le global, entre les racines et l’éphémère.

 

L’initiative est catégorisée Novel par Airbnb, un mix entre New et Hotel, bien sûr. Mais en anglais, le mot « novel » prend aussi un autre sens : au sens littéraire, il s’agit d’un roman. Nous y voyons un signe important, à l’heure où expérience et communauté sont en train d’écrire l’histoire.

 

Le coliving replace le partage au cœur de la vie quotidienne

 

Au delà de la simple colocation, il est temps de prendre conscience que nos lieux de vie s’ouvrent de plus en plus. Le coliving n’est pas qu’une nostalgie de l’auberge de jeunesse, mais bien une nouvelle histoire de partage qui s’inscrit désormais au cœur de nos urbanités. Vous souhaitez en savoir plus sur le coliving ? Découvrez les 6 grandes catégories de coliving.

 

Cet article a été originellement posté sur LinkedIn par Jean-Marie Célérier sous le titre Demain, tous colocataires ?.

 

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