Non, les drones ne sont pas seulement les jouets qui arriveront (probablement) en top des ventes à Noël prochain : ils sont d’ores et déjà des outils de la vie quotidienne, publique ou privée. Et ils arrivent désormais dans l’immobilier. De la vue aérienne d’un site à la gouvernance des villes, en passant par la morphologie des bâtiments et des sphères urbaines, découvrez comment les drones vont bousculer nos habitudes.

De quoi parlons nous ? Un drone est tout objet pilotable à distance, avec ou sans intervention humaine ;  leurs champs d’intervention sont donc très larges : drone aérien, drone terrestre ou encore maritime. Ils peuvent être 100% manuels, nécessiter un accompagnement ou être entièrement autonomes. On identifie d’ailleurs 5 niveaux d’autonomie :

« Les drones sont des outils déjà répandus dans de nombreux secteurs »

Cette technologie n’est pas nouvelle ; les premiers drones aériens sont apparus dès le début du XXème siècle avec les projets d’avions sans pilote ; rappelons d’ailleurs que c’est l’armée qui en possède la technologie la plus avancée, et qu’elle s’en sert pour déplacer des bombes de 3 tonnes à 500 km/h, le tout avec une précision et une fiabilité redoutables.

Le domaine commercial s’approprie désormais ces usages, et ce dans de nombreuses industries : dans le secteur automobile, tous les constructeurs se sont lancés dans la course : Audi, Peugeot, GM, Toyota développent leurs propres initiatives. Rolls Royce a dévoilé son concept de voiture autonome, la 103EX Concept. Mais le précurseur est sans doute le constructeur de voitures électriques de luxe, Tesla : la marque d’Elon Musk a déjà intégré une autonomie de niveau 4 sur ses modèles qui comprend les évitements autonomes. Cela signifie que l’ordinateur peut prendre les commandes en cas de danger pour les passagers. Uber et Ford se sont également mis en joint venture pour lancer leur modèle (prévu pour 2021).

L’expérience du véhicule autonome est en passe de modifier tout le secteur du transport de passager ; à titre d’exemple, à la start-up Nutonomy (Singapour) a lancé le 25 août dernier les premiers taxis autonomes. Ceux-ci incluent d’ailleurs un modèle Renault ; une initiative qui devrait être bientôt généralisée et imitée dans le monde. Pour l’heure la législation française n’autorise pas les voitures de ce type mais gageons que l’évolution ne se fera pas attendre !

« Les drones sont le véhicule de livraison de demain »

Tout aussi pertinent, l’exemple du secteur du transport de marchandises. Livraison, Dispatch, Marble, Flirtey, Matternet ne sont qu’une partie des nouveaux acteurs qui se développent à un rythme exponentiel ; les drones sont les véhicules de livraison de demain.

L’émergence des drones intéresse enfin beaucoup les acteurs de l’e-commerce qui y voient un moyen de contrôler la fin de la chaîne de distribution et donc de ne plus avoir à externaliser leurs livraisons. C’est le cas d’Amazon qui testera bientôt au Royaume-Uni Amazon Prime Air, son service de livraison par drone. Dans le cadre du project Wing, Google s’est lui associé à Chitpole (chaine de fast-food aux Etats-Unis) pour livrer leur burrito via drone aux étudiants du campus de Virginia Tech.

Et pour l’immobilier alors ?

Les technologies embarquées par drone vont profondément impacter les métiers de la construction et de l’immobilier, à commencer par le géomètre. Citons par exemple Gexpertise, dont le service FlySurvey utilise des drones pour récupérer des données thermiques, physiques ou métriques à basse altitude, et ainsi aider à la valorisation des projets immobiliers.

Bien sûr, ces technologies sont plus vastes que la simple mesure et permettent d’aller jusqu’à établir des diagnostics : l’Air Support de Parrot aide à détecter les pathologies du bâtiment.

« Le drone de site sera un prolongement naturel de l’expert »

Dans un horizon un peu plus lointain, le drone va contribuer à supprimer ou à minimiser les interventions sur site et les déplacements improductifs : le Facility Manager par exemple pourra limiter ses trajets en réalisant à distance des constatations. Comment ? Grâce au drone qui, installé dans chaque bâtiment, offrira à l’expert un prolongement technologique de ses sens. De cette façon, il pourra économiser à la fois du temps et des moyens en prenant le contrôle depuis son bureau. Idem pour un Property Manager ou encore un assureur.

Les drones ont déjà commencé à modifier les règles de morphologie du bâtiment. Nous savons que nos immeubles ont des cycles de vie très longs qui nécessitent une grande anticipation.

Prenons l’exemple d’une tour à La Défense : entre sa livraison et sa restructuration, nous pouvons compter 30 à 40 ans d’activité, sans modification profonde de sa morphologie. En d’autres termes, un immeuble construit aujourd’hui vivra son premier cycle jusqu’en 2060 environ. Qui peut affirmer que son immeuble ne sera pas impacté par les drones d’ici là ? Pour mémoire, PWC estime un marché du drone de l’ordre de 127 b$ d’ici 2020… il va falloir prévoir de la place sous le sapin de Noël.

« Un immeuble de 50.000 m2 reçoit potentiellement un colis toutes les 5 minutes»

Vous voulez offrir un avantage compétitif à votre immeuble ? Vous préféreriez repousser le plus possible l’obsolescence d’usage de vos actifs ? Pensez dès à présent aux différents équipements pour répondre aux besoins des futurs résidents, et aux drones en particulier : commencez pas prévoir un (des) emplacements pour vos ports de drones, qu’ils soient roulants ou volants. Ce port devra être très accessible, offrir de fortes capacités de rechargement (data et électricité) et donner accès à un espace pour une consigne automatique qui facilitera la remise des colis aux employés. Rappelons qu’au rythme actuel de l’e-commerce, la population d’un immeuble de bureau de 50 000 m2 reçoit potentiellement un colis toutes les 5 minutes.

Idem, les drones de nettoyage ou d’intervention technique devront bénéficier d’un emplacement ad hoc dans nos immeubles. Les drones sont donc une opportunité pour optimiser certaines surfaces : les parkings souterrains ou surfaces de stockage seront des plateformes idéales pour les drones terrestres ; les surfaces de terrasse ou de toiture, encore trop peu exploitées aujourd’hui, pourraient devenir des mini-aéroports de drones urbains.

Au-delà des immeubles, les drones vont redessiner nos agglomérations.

« Les drones vont dessiner de nouvelles cartes urbaines »

Maintenant, oubliez ce que vous savez de la sacro-sainte règle immobilière : « L’emplacement, l’emplacement, l’emplacement » pourrait ne plus être le premier critère de valeur d’un bien ! Nos villes vont s’étendre, non plus à la manière de périphéries subordonnées au centre, mais bien de quartiers intégrés. Comment ? Grâce aux véhicules autonomes, bien sûr : en révolutionnant les transports, ils vont permettre le développement et l’extension des villes à moindre coût. Cela bouleverserait évidemment la géographie des prix de l’immobilier, en supprimant la corrélation intrinsèque entre l’emplacement et la valeur d’un bien.

Si l’on poursuit le raisonnement à l’échelle de la ville, il apparaît rapidement que les drones ne vont pas seulement modifier la géographie mais également la gouvernance des territoires. Prenons l’analogie d’un transformateur électrique : personne ne souhaite le voir installé sur son terrain mais tout le monde est heureux de bénéficier de son électricité. Dans le cas du drone, le choix de l’emplacement du port entraînera les mêmes enjeux – d’autant plus que les drones seront probablement amenés à traverser plusieurs villes. Qui sera responsable de leur entretien ? Qui pourra en bénéficier ? Comment assurer la sécurité des habitants ? Autant de questions auxquelles les élus devront faire face à court terme.

« Chaque rupture créée des opportunités »

Mais l’expansion des drones représente surtout une opportunité pour les acteurs de l’immobilier, et la gestion d’infrastructures dédiées en fait partie : certains REIT américains spécialisés dans les data centers gèrent jusqu’à 25 b$ de patrimoine. Qui créera la première SIIC de ports de drones ?

Plus complexe (et a priori plus rentable), qui se spécialisera dans le démembrement des toits terrasses, à l’instar de FTS Tower sur le marché des antennes relais ?

Enfin et surtout, quels visionnaires incluront les drones dans leurs immeubles aujourd’hui pour les rendre obsolètes-proof demain ?

Pour aller plus loin : le dossier Autonomania de TrendWatching

Et notre Podcast dédié aux drones