Connaissez-vous Satoshi Nakamoto?

Comme beaucoup, ce nom ne vous évoque rien. Son identité reste inconnue à ce jour mais c’est peut être l’une des personnes les plus riches et les plus influentes de la planète. Il est crucial pour le monde d’aujourd’hui et pour celui de demain : Satoshi Nakamoto est le père du principe de la blockchain.

Comment définir de manière assez simple la blockchain?

Considérons les échanges classiques: ils impliquent tous un tiers de confiance, que ce soit un notaire qui constate l’existence d’une transaction et l’enregistre, un prêtre qui constate que l’accord entre deux époux est bien réalisé ou encore un commissaire au compte qui constate la réalité des transactions. Une grande partie de notre économie est fondée sur l’existence d’un tiers de confiance.

Considérons un autre monde dans lequel les échanges ne sont pas réalisés devant un tiers de confiance mais devant une foule, avec l’existence d’un registre qui est transmis au sein de la foule pour enregistrer que les transactions sont réalisées, devant tout le monde. Comment s’assurer qu’il n’y a bien qu’un seul registre transmis à chaque moment? Le principe de la blockchain est de réaliser chaque transaction par bloc, en ajoutant des blocs sur les transactions pré existantes et en assurant la diffusion de ce registre à l’ensemble de la communauté. Dès lors, pour réaliser une transaction frauduleuse, il faudrait convaincre l’ensemble de la communauté de cette fraude ce qui est théoriquement possible mais infaisable dans la réalité!

Quels sont les impacts dans le domaine de l’immobilier?

Le principe sur lequel Satoshi Nakamoto a construit la blockchain a des impacts évidents dans l’immobilier notamment à travers les Smart Contract permettant d’apposer une signature électronique sur les documents et d’en assurer l’authenticité, la véracité et l’unicité.

Cette technologie possède également des impacts sur les problématiques cadastrales. Certains pays comme la Géorgie, la Suède ou certaines régions comme l’ Andhra Pradesh en Inde ont proposé un cadastre basé sur la blockchain, d’autres pays comme l’Estonie font des expérimentations. Cela permet d’éviter les intermédiaires (pas besoin de notaire par exemple), de réduire les coûts et surtout d’éviter les risques de corruption et de manipulation du cadastre, notamment dans certains pays qui ne bénéficient pas de la même sécurité juridique que la France. Cet aspect est notamment regardé par les assurances titres, sociétés proposant de garantir l’existence d’un titre sur un bien.

Enfin, il existe un impact sur la monnaie elle même, les cryptomonnaies permettant de réaliser le rêve de l’économiste Hayek qui était de diffuser de la monnaie privée à travers la confiance en un individu ou un système. Cela est très utile, notamment lorsqu’une population a une défiance forte vis à vis des monnaies gouvernementales comme au Zimbabwe, en Argentine ou au Venezuela qui subissent une instabilité monétaire très forte. Cette monnaie, garantie par la communauté et non par le gouvernement, est un réel avantage. Elle peut aussi permettre de restreindre les échanges à une communauté pré-déterminée (association, famille, village).

Comment cela change-t-il notre rapport à la monnaie?

La cryptomonnaie invite donc à repenser le rapport à notre monnaie, en la définissant non pas par ses fonctions mais par des droits. Que ce soit les equity token qui donnent le droit de bénéficier de la qualité d’exploitation d’une entreprise, les utility token qui donnent le droit de bénéficier de l’usage d’un bien ou d’un service ou encore les community token donnant droit à la parole. Ces différents droits sont d’ailleurs largement utilisés dans le cadre des ICO, Initial Coins Offering, qui sont une nouvelle manière de lever des fonds.

Quelles sont les applications dans le domaine de l’immobilier?

Les cryptomonnaies peuvent être utiles pour le crowdfunding, en s’adressant à une population pour lui proposer de souscrire à un bien immobilier à travers les tokens, pour le timesharing où les échanges d’appartements se font à travers des utility token, ou encore la mise en place de gouvernances nouvelles dans l’immobilier, échappant aux traditionnelles règles de gouvernance assez lourdes (comme l’administration des SCI, processus d’indivision) avec la possibilité d’une pluralité de transmission de droits ou la création de nouveaux droits (comme avec des assemblées de locataires).

Quels sont les enjeux soulevés?

Il y a tout d’abord des enjeux réglementaires visant à confirmer la pertinence et le sérieux des plateformes d’échanges. On a pu en effet constater des problèmes, notamment lors de la mise en liquidation de Mt. Gox il y a quelques années. Il existe également de grands enjeux fiscaux qui restent difficiles à cerner, que ce soient les modalités d’imposition des plus value ou celles liées la TVA, cette dernière étant une question importante notamment à cause de son principe de rétroactivité très extensif.

Pour conclure?

Le philosophe Gramsci disait “Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres”. La blockchain est-elle une illustration du monde de demain ou des monstres d’aujourd’hui? A méditer…