L’innovation technologique touche tous les secteurs, et l’immobilier résidentiel était particulièrement représenté au dernier CES de Las Vegas : qu’il s’agisse de l’optimisation de réseaux énergétiques de quartiers ou de bidets connectés, l’avenir sera smart ou ne sera pas.

Mais loin des shows technologiques, il existe des innovations à très fort et très large impact potentiel, et selon nous, le coliving en fait partie.

Habiter dans un même lieu et partager des infrastructures et services à portée privée ou professionnelle n’est pas un concept nouveau : l’appartement familial, le monastère, le kibboutz ou encore la simple colocation sont les expressions variées d’un même modèle, repris désormais au travers du coliving. Il s’agit donc d’un business model déjà éprouvé.

Alors, en quoi le coliving est-il innovant ? Et pourquoi cette tendance pourrait-elle se développer rapidement dans les prochaines années ?

Le modèle d’habitat partagé

Dans notre article « Demain, tous colocataires ? », nous évoquions en 2016 plusieurs tendances émergentes sur le coliving. Le recul dont nous disposons désormais nous permet d’affiner les modèles qui marchent.

On observe aujourd’hui des concepts très différents : s’agit-il de dortoirs de 8 personnes avec des sanitaires partagés ? Ou au contraire chaque unité résidentielle est-elle spacieuse, avec un salon privatif, et les espaces partagés des bonus par rapport aux services traditionnellement intégrés dans l’habitat (piscine, salle de sport, etc.) ?

Le temps moyen de résidence est aussi un critère important pour distinguer les différentes offres du marché. Autant de possibilités croisées qui aboutissent à de multiples appellations : hôtel, résidence avec ou sans services, condominium, colocation, foyer, centre de séminaire, etc.

Certains pourraient aussi se demander : à quel point mon habitat participe-t-il à mon bonheur ?

Forts de ces constats sur l’existant, on peut se demander : en quoi le coliving est-il une innovation ? Les espaces qui se disent de coliving (entre 500 et 2 000 à travers le monde) ont-ils des traits communs ? Répondent-ils à une tendance de fonds ou à un phénomène de mode ?

Il y a selon nous deux dimensions récentes – la gestion communautaire et l’approche holistique des besoins-clients – et deux potentiels de développement – l’optimisation non spatiale et la propriété partagée – qui méritent d’être analysés pour ébaucher une réponse à ces questions.

Les 6 pôles du coliving

Alors que la colocation est une simple mise en commun de ressources entre personnes d’horizons divers, le coliving fait de l’appartenance à une communauté le critère central de cohabitation. Notons néanmoins que certains modèles de colocation tendent naturellement vers cette manière de voir les choses (par exemple, les colocations ne réunissant que des personnes issues de la même école ou du même milieu professionnel, dont les membres existants font passer des entretiens pour s’assurer que les candidats aient le même mode de vie et des intérêts alignés).

Si le coliving est (aussi) le point de rencontre entre l’économie collaborative, le développement serviciel et la communauté, on peut distinguer 6 axes autour desquels les offres se polarisent :

Le travail Les espaces de coliving fortement centrés sur le travail répondent à un besoin très spécifique : celui des entrepreneurs, typiquement en phase d’amorçage, qui décident de s’investir à 100% dans leur projet. L’enjeu principal pour eux étant d’habiter au plus près de leur poste de travail, vivre dans un environnement qui intègre nativement une partie coworking est une solution idéale. Citons à ce titre la Startuphouse à San Francisco, Hackerhouse en région parisienne (dont le slogan très évocateur, “travaillez en chaussettes”, représente bien l’état d’esprit du coliving centré sur le travail), ou encore Urban Campus, co-fondé par Fabernovel.

La communauté (existante) Dans ce cas-là, il ne s’agit pas de créer une communauté, mais de donner à une communauté préexistante un espace pour s’exprimer, se développer. Il peut s’agir de communautés conscientes, comme la Supernanahouse (coliving réservé aux super nanas comme son nom l’indique), ou The Student Hotel (résidences design pour étudiants en échange ou jeunes voyageurs en quête de rencontres), ou bien de communautés inconscientes, comme dans le cas des premiers espaces de coworking, qui ont donné un espace à des freelance (communauté qui existait déjà, sans nécessairement que ses membres s’identifient comme faisant partie d’une communauté).

Le lifestyle Design et mobilier de qualité, services à la carte, cours de yoga, concierge, etc. Les espaces de coliving centrés sur le lifestyle jouent sur les codes et créent de véritables marques auxquelles on a envie de se raccrocher. Des espaces très beaux à l’empreinte forte qui parlent à une tranche de CSP+ en quête de services haut de gamme, et qui cherchent à projeter une certaine image d’eux-mêmes. Des espaces comme WeLive à New York ou Common dans plusieurs grandes villes américaines surfent sur cette vague. Le plus gros risque pour ces espaces est de devenir rapidement obsolètes, pour une communauté très volatile et encline à changer au gré des tendances.

Le coût Cette polarité est généralement à contrepied de la catégorie précédente, car le coliving centré sur le coût est celui qui se rapproche le plus de l’économie collaborative. La démarche est simple : partager les infrastructures et les équipements afin de faire des économies et pouvoir s’installer dans les grandes villes, où le coût de la vie est de plus en plus élevé. Cette catégorie nous semble particulièrement importante car elle symbolise la dimension sociale que pourrait avoir le coliving, véritable vecteur pour contrer la gentrification, qui permettrait à plus de monde de vivre près de ses centres d’intérêts. Parmi les initiatives de ce type, on peut citer Colonies, startup créée en 2016, qui a récemment remporté un appel d’offres pour l’exploitation d’un immeuble entièrement dédié au coliving en plein coeur de Paris : à suivre !

La mobilité Ciblant autant les individus dont l’activité professionnelle nécessite de souvent voyager, que les globetrotteurs qui travaillent en “remote” ou les travailleurs freelance, il émerge un modèle de coliving proposant un réseau d’établissements un peu partout dans le monde. Des réseaux de coliving comme Remote Year ou Roam répondent à ce mode de vie assez nouveau et en pleine croissance.

L’aventure Enfin, il existe un certain nombre d’initiatives inclassables – par exemple Coboat, le coliving sur un catamaran dans les mers du Sud – mais qui demeurent anecdotiques en termes d’impact sur l’habitat résidentiel global.

Al Ghazali @Unsplash.com

Le coliving simplifie la vie, pas seulement l’habitat

Chacun pourra trouver l’espace de coliving qui répond à son besoin primaire, et l’offre pourra être complétée par un catalogue de solutions.

On pense en premier lieu aux services qui sont déclinés dans une approche holistique : ce n’est pas parce que l’on propose une offre d’habitat que le besoin du résident s’arrête à la sphère privée par exemple. C’est la raison pour laquelle on retrouve souvent un espace de coworking dans les immeubles de coliving, quand bien même il s’agisse d’une offre non-centrée sur le travail. L’état d’esprit du coliving, c’est de simplifier la vie, pas seulement l’habitat.

Au-delà des services, le coliving est un mouvement à même de répondre selon nous aux enjeux de l’économie du partage, c’est-à-dire de la mutualisation temporelle : l’exploitant du coliving se chargera de sous-louer mon unité résidentielle lors de mes congés, déplacements, etc. Une telle solution, maîtrisée dans ses risques, permettrait des économies de 5% à 20% du loyer pour un résident.

Il existe enfin un enjeu majeur qui n’apparaît pour l’instant pas dans les offres émergentes : si l’on exclue le (faible) segment de clientèle ne souhaitant pas / n’ayant pas besoin du levier immobilier pour constituer un levier patrimonial, la plupart des personnes aspirent à devenir propriétaire sans en avoir les moyens. Une fragmentation de la propriété des coliving, associée à une clause de liquidité, permettrait selon nous de répondre à cette attente tout en pérennisant durablement les durées d’occupation.

Tirer parti des opportunités du coliving

Le coliving est donc une tendance émergente, scindée en différentes initiatives répondant à des besoins bien différents. Mais est-ce un modèle suffisamment rentable pour intéresser les gros acteurs de l’immobilier ? Métier d’exploitation particulièrement similaire à l’hôtellerie, la performance financière est en réalité une donnée de base dans l’élaboration du modèle économique de ce type de projets. D’ailleurs, il est intéressant de constater que, parmi les acteurs les plus ambitieux, la plupart ont commencé à être soutenus par de gros acteurs immobiliers. Si l’immobilier résidentiel en exploitation a été délaissé par la plupart des investisseurs institutionnels, le coliving signe un regain d’intérêt pour le segment, voire pour la transformation de certains parcs publics.

Et vous, le coliving, ça vous inspire quoi ?